Le club ambition top 20 ou le retour aux affaires des élites marseillaises

J’ai entendu il y a quelques semaine à l’école d’été de l’IEP d’Aix une intervention de Nicolas Maisetti sur la marque "Marseille", il y soulignait le retour aux affaires des élites marseillaises à travers (entre autres) l’arrivée à la tête de la CCI de Jacques Pfister en 2004. Peu après la conférence, nous avons eu une discussion autour de ce thème, et je voulais partager ça avec vous.

Plusieurs études et ouvrages constatent la mise en retrait de la bourgeoisie marseillaise avec l’effondrement du système industrialo-portuaire dans les années 1960. D’abord parce que leurs usines ferment, mais aussi parce que beaucoup quittent la ville (soit physiquement en allant s’installer en dehors, soit symboliquement en accomplissant la plupart des activités métropolitaines ailleurs, à Aix, Paris…). Et le début du XXIème siècle marquerait un retour aux affaires de la cité des élites marseillaises, marquées par plusieurs événements (Coupe de l’America, classement de la DATAR…) et concomitant à l’apogée de la "mode marseille" (effets coupe du monde, TGV et PBLV).

On remarque que l’arrivée de Jacques Pfister à la CCI en 2004 et la création du club ambition top 20 permet de donner de la visibilité à cette envie des élites de peser plus dans la vie de Marseille. On y retrouve pas uniquement les familles marseillaises historiques dont certaines ont été décimées par la grande crise des années 60, mais une nouvelle catégories issues de l’industrie, des nouvelles technologies…

C’est eux qui sont allés chercher Marseille-Provence 2013 : un projet initié et piloté par le monde économique, partagé par les politiques, dans un but de développement économique et urbain par la culture et le tourisme. Ne nous y trompons pas !

C’est aussi eux qui demandent toujours plus de coopérations métropolitaines (collectif "Mon entreprise, ma ville"), qui secouent les conseils de développement et mettent les politiques face à leurs contradictions et leurs responsabilités. La CCI annonce être la seule institution à promouvoir une vision métropolitaine, et elle n’est pas loin d’avoir raison (avec l’Agam).

C’est encore eux qui pointent les problèmes du Port et mettent le doigt sur les questions industrielles (Fralib, l’avenir de la filière pétrolière…), ce qui ne va pas sans créer de tensions.

Mais on les retrouve aussi dans les projets immobiliers (Constructa), dans le mécénat (Martin-Maurel et Bellon dans la Fondation Regards de Provence…), dans les nouveaux medias (F.Chevalier dans Marsactu)… Avec toujours en toile de fond le fameux Club Ambition Top 20, créé en 2006 à l’initiative de la CCI avec autour d’une cinquantaine de patrons avec pour objectif de hisser Marseille Provence dans le top 20 des métropoles européennes.

C’est intéressant à plusieurs niveaux :

  • D’abord on ne peut que se réjouir de voir des gens s’intéresser à une ville qui en a besoin. Marseille a sans aucun doute souffert de la mise en retrait des élites économiques et leur retour est apriori un fait positif. Je pense que plus on dispose de moyens plus on a de responsabilités par rapport à son environnement direct, aussi on ne peut analyser la crise marseillaise des années 60 à 90 sans donner sa juste part de responsabilité aux plus puissants des habitants. La désertion du centre-ville, la fermeture des commerces ou salles de spectacles et la vente des industries à des groupes non-marseillais est en partie imputable au comportement de ceux qui disposaient des moyens financiers de faire que ça ne se passe pas. On ne refait pas l’histoire, mais on peut saluer leur regain d’intérêt pour les affaires de la cité. D’autant plus que si ce ne sont pas eux qui remplissent ce rôle, des gens venus d’ailleurs le feront.
  • Naturellement, ce regain d’intérêt génère des tensions, la nature ayant horreur du vide, l’espace (géographique et symbolique) laissé vide après la fuite des élites, a été occupé par d’autres. Lesquels ne voient pas d’un bon œil qu’on leur demande de laisser la place maintenant, c’est bien légitime ! D’autant plus que la méthode n’est pas toujours des plus douces (Euroméditerrannée, Belsunce…), on parle de reconquête du centre-ville (…), mais c’est aussi d’une reconquête de pouvoir politique qu’il s’agit : Pfister à la Mairie en 2014 ? Le dernier Président de la CCI à accoster Quai de la Mairie était André-Élysée Reynard de 1843 à 1848.
  • Enfin, parce que ce groupe Top20 n’est pas loin d’être un des principaux lieux de collaboration métropolitaine. Lorsque Jacques Pfister fait remarquer que c’est quand même extraordinaire que ce soit le monde économique qui porte le projet métropolitain, il a raison de s’en indigner ! La société civile ne trouve que le monde économique pour relayer son ras-le-bol face à l’absurdité de l’organisation des transports publics, de l’offre culturelle, des universités etc… Ils sont venus occuper une place laissée vacante par les politiques.

Bref, je trouve que c’est un phénomène intéressant, palpable, qu’il faut absolument envisager pour analyser les récentes métamorphoses de Marseille. Ils poussent des projets servants leurs intérêts, ringardisent les politiques old shcool, parlent d’une seule voix, et je ne serais pas étonné de les voir peser lourdement en 2014… et pas forcément pour Jan-Claudo.

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